Fondée durant l’Antiquité, Narbonne (anciennement Narbo Martius) a connu une histoire riche et mouvementée. Fortement marquée par l’empreinte de la civilisation romaine, elle dévoile aujourd’hui les vestiges de son passé glorieux à travers des trésors archéologiques inestimables.
Plongez dans les méandres du temps et découvrez cette ville millénaire aux multiples facettes. De ses origines pré-romaines à son apogée en tant que capitale de la Gaule narbonnaise, la cité a traversé les siècles en nous laissant un patrimoine exceptionnel.
Trois sites incontournables pour revivre l’Antiquité
Pour comprendre l’ampleur et le rayonnement de cette cité antique, l’établissement public Narbo Via vous invite à un voyage immersif à travers trois lieux complémentaires :
- Le musée Narbo Via : véritable écrin de l’histoire narbonnaise, il abrite des collections grandioses pour vous plonger dans le quotidien, les métiers, les loisirs et les croyances des habitants.
- L’Horreum romain : ces impressionnantes galeries souterraines, ancien entrepôt antique, vous transportent au cœur des rouages du commerce et de l’approvisionnement de la ville.
- Amphoralis : situé à Sallèles-d’Aude, ce site archéologique vous dévoile les secrets d’un immense village de potiers et vous éclaire sur les techniques de production de céramique ainsi que sur l’usage des plantes à l’époque romaine.
En visitant ces trois espaces, vous profiterez d’une vision complète de la vie en Narbonnaise. Prêt à remonter le temps ?
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La vie en Narbonnaise avant la conquête romaine

Les Élisyques : le peuple antique de Montlaurès
Avant que les Romains n’imposent leur marque sur ce qui deviendra la Gaule narbonnaise, le territoire est occupé par les Élisyques. Entre le IXe et le VIe siècle avant notre ère, ce peuple s’installe à environ 4 kilomètres au nord-ouest de l’actuelle Narbonne, sur le site primitif de l’Oppidum de Montlaurès.
Perchée au sommet d’une colline entourée d’étangs et de marécages, cette véritable ville fortifiée offre une visibilité parfaite sur la mer et les terres. Cette position stratégique favorise le développement d’un commerce florissant : l’accès facilité à la Méditerranée permet aux Élisyques d’échanger durablement avec d’autres grandes civilisations, telles que les Grecs et les Étrusques.
Pendant ce temps, Rome n’est encore qu’une petite fédération de villages, bien avant l’instauration de la République en 509 avant notre ère.

L’arrivée des Romains et la fondation de Narbo Martius
L’influence de Rome grandit inexorablement en Europe. Lors de la deuxième guerre punique (218 à 202 avant notre ère), les Romains affirment leur contrôle sur la péninsule ibérique. Pour sécuriser cette domination militaire et commerciale, une liaison terrestre fiable devient indispensable.
Les événements s’accélèrent en 121 avant notre ère : le sud de la Gaule, véritable verrou stratégique, est conquis par les généraux romains Quintus Fabius et Domitius Ahenobarbus. Une fois le territoire maîtrisé, le Sénat ordonne la construction d’un axe majeur pour mobiliser rapidement ses troupes. C’est ainsi que naît la Via Domitia, la célèbre voie romaine.
À la croisée de cette route et du fleuve Attax (l’actuelle Aude), une nouvelle cité voit le jour : Narbo Martius. Ce nom symbolique combine Narbo (un terme d’origine élisyque signifiant “entouré d’eau”) et Martius (en hommage à Mars, le dieu romain de la guerre). Fait historique majeur : Narbo Martius devient alors la toute première colonie romaine fondée en dehors de la péninsule italienne.
Narbonne, la fille aînée de Rome

Une colonie d’importance stratégique
Sous l’impulsion de la Via Domitia, Narbo Martius devient rapidement une colonie de premier plan. L’illustre orateur Cicéron la décrit d’ailleurs comme “l’observatoire et le rempart du peuple romain”. Pour asseoir cette influence, Rome organise l’expatriation de plusieurs milliers de ses citoyens vers la nouvelle colonie. Fuyant les troubles sociaux et économiques de la capitale, ces pionniers se voient offrir le voyage en bateau, des terres et la promesse d’une vie nouvelle. La fondation de la ville est lancée.
L’essor de Narbo Martius s’accompagne de la création de grands sites de production périphériques. C’est le cas du célèbre village de potiers de Sallèles-d’Aude (Amphoralis), dont l’activité débute au Ier siècle avant notre ère. Les fouilles y ont révélé pas moins de 17 fours, dont la capacité pouvait atteindre 124 m² ! Cette production monumentale témoigne de la valeur inestimable des amphores, véritables conteneurs indispensables à la circulation des marchandises en Méditerranée.

De simple colonie à capitale éblouissante
Au fil du temps, Narbo Martius se mue en une véritable métropole à l’architecture spectaculaire, souvent qualifiée de “seconde Rome”. Elle se dote de tous les édifices prestigieux d’une grande cité impériale, à l’image de son capitole dédié aux trois divinités majeures (Jupiter, Minerve et Junon). Son podium, mesurant 36 mètres sur 48, dépassait même en taille celui du temple d’Auguste à Rome !
L’apogée de la ville se situe au Ier siècle de notre ère. La cité colossale abrite alors près de 40 000 habitants (à titre de comparaison, Nîmes en comptait environ 25 000 à la même époque). L’importance de Narbonne est telle que l’empereur Auguste lui-même s’y rend en 27 avant notre ère.
Il y séjourne dans une somptueuse villa à Port-la-Nautique, dotée d’un vivier plus grand que celui de l’empereur Tibère à Rome.
C’est lors de ce séjour qu’Auguste élève l’ancienne colonie au rang de capitale de la province, transformant la Gaule transalpine en Gaule narbonnaise, un vaste territoire s’étendant de Toulouse jusqu’à Genève.

Le déclin et la fin de l’ère antique
Au Ve siècle, l’installation du christianisme en Europe transforme durablement le visage de la ville. Les monuments romains profanes sont peu à peu démantelés pour laisser place à la construction de basiliques.
Les découvertes archéologiques dans les zones portuaires ont d’ailleurs prouvé que de nombreuses pierres de ces édifices grandioses ont été réutilisées pour consolider les infrastructures du port, régulièrement menacées par les aléas des étangs.
L’Empire romain vacille et Narbonne tombe aux mains des Wisigoths en 422, avant d’être officiellement conquise par le roi Théodoric II en 462.
Elle deviendra même brièvement la capitale du royaume wisigothique au VIe siècle.
L’activité portuaire de la cité parvient à se maintenir en évoluant jusqu’au XIVe siècle. Mais en 1320, une inondation catastrophique charriant une boue argileuse détruit le port et modifie définitivement le cours de l’Aude.
Privée de son fleuve et de son accès direct à la mer, Narbonne perd alors son rôle séculaire de grande ville marchande.
L’importance de la mer et de l’eau dans l’Antiquité à Narbonne
Le développement de Narbonne est indissociable de l’eau. La région profite d’un commerce extrêmement florissant, notamment grâce au succès retentissant de ses vins. Cette réussite commerciale fait d’ailleurs de l’ombre à la capitale : en 92 de notre ère, pour apaiser la colère des vignerons italiens, l’empereur Domitien ordonnera purement et simplement l’arrachage de la moitié des vignes de la Gaule narbonnaise !

Le grand port antique de Narbo Martius
Dans le sillage des Élisyques, la ville romaine développe l’un des ports les plus colossaux de la Méditerranée. Véritable plaque tournante, il constitue la porte d’entrée majeure des marchandises (comme les vins d’Italie) vers l’intérieur de la Gaule.
L’organisation de ce port fluvial est un exploit d’ingénierie : les bateaux franchissent d’abord le grau pour pénétrer dans les étangs de Bages et de Sigean. Pour faciliter le déchargement des plus gros navires marchands, un système complexe composé de plusieurs avant-ports est aménagé tout autour des lagunes.

Le temps des grandes découvertes archéologiques
Le sous-sol narbonnais n’a pas fini de livrer ses secrets. En 2010, des fouilles archéologiques majeures ont révélé la présence de vastes entrepôts et de deux chaussées parallèles s’avançant vers la mer, conçues pour optimiser les déchargements. Les archéologues y ont également découvert une épave datant du IVe ou Ve siècle, chargée d’amphores particulièrement bien conservées, originaires du sud de l’Espagne et d’Afrique du Nord. Fait fascinant : ce navire aurait été volontairement coulé pour colmater une brèche dans la jetée après une catastrophe naturelle, une technique d’urgence que l’on a également observée dans le port romain d’Ostie.
Ce port de redistribution, qui a connu son âge d’or entre le Ier et le IIe siècle, est un sujet d’étude inépuisable. Pour approfondir vos connaissances sur le sujet, nous vous recommandons d’ailleurs la passionnante exposition Escale en Méditerranée romaine.
Conclusion : un passé antique qui ne demande qu’à resurgir
Si des villes comme Arles ou Nîmes affichent fièrement leurs immenses monuments romains en surface, l’importance colossale de Narbonne se lit avant tout dans ses sous-sols. Plus de vingt ans de fouilles intensives confirment chaque jour ce que les textes antiques affirmaient : Narbo Martius était bien la première et la plus majestueuse fille de Rome en Gaule.
La mise au jour spectaculaire d’une nécropole en 2019, à deux pas du musée Narbo Via, en est la preuve éclatante. Sur plus de 2 000 m², les équipes de l’Inrap ont étudié près de 1 500 tombes. C’est à ce jour le plus grand site funéraire antique découvert en France, devenu une référence mondiale pour comprendre les pratiques funéraires romaines en Narbonnaise.
Le territoire de Narbonne recèle encore d’innombrables trésors enfouis qui n’attendent qu’à retrouver la lumière.
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